I. POURQUOI SE POSER LA QUESTION
DU JUGEMENT EN POESIE ?
QUELS ENJEUX ?
Tous les enfants, les jeunes des collèges, sont mis au
contact de la poésie ; tous sont tenus de lire, d'apprendre,
et quelquefois - rarement - d'écrire de la poésie.
Mais qui choisit les textes, et selon quels critères ?
L'art, la poésie, sont des bastions de l'idéologie
dominante : à son insu, l'adulte ne choisit-il pas trop
souvent des textes qui confortent les valeurs les plus contestables
de notre société ? A côté des "
grands " auteurs classique, (dont ce ne sont pas toujours
les " meilleurs " textes qui sont choisis), la poésie
contemporaine - je veux dire " celle qui s'écrit aujourd'hui
", quand elle a droit de cité obéit trop souvent
à des critères sur lesquels on peut s'interroger
: une écriture transparente, con-tre une écriture
qui résiste et donc met en travail le réel et l'imaginaire
; une conception étriquée de la vérité
-textes niais pour enfants sages- , contre une approche complexe
de l'écriture et du monde ; une communication étroitement
référentielle, contre une communication par l'imaginaire,
un " dire " où le lecteur et l'auteur, côtoyant
leurs énigmes, se rencontrent dans une langue en travail
. La " leçon " de poésie , n'est trop
souvent qu'enfermement dans une langue aliénée,
quand la vocation du poème est e réveiller en nous
la langue du mythe et du désir.
" Dis-moi quels poèmes tu choisis je te dirai qui
tu hais " : bien des textes donnés à lire,
à apprendre, à écrire, - quand ils ne sont
purement et simplement bêtifiant et moralisateurs - sont
en réalité des dé-multiplicateurs d'égoïsme,
de repliement sur soi, tout le contraire de ce qu'est la conquête
des signes : une aventure de l'écriture, c'est à
dire l'aventure humaine par excellence.
Poésie, raison ardente
Choisir un poème, implique que l'on se fasse d'abord une
certaine idée de la poésie, que l'on ait plus ou
moins clairement identifié cet objet que l'on nomme "
un poème ", et si, en la ma-tière, rien ne
saurait remplacer la fréquentation plurielle et régulière
des textes, il me semble possible d'expliciter quelques particularités
qui sont le propre de la poésie et du poème, ce
que Francis Ponge nommait " L'Objoie ". " La poésie
est toujours au bord du gouffre. Gouf-fre du sens, gouffre de
l'autre. (Le) texte installe une petite faille dans cette falaise
où le guetteur épelle / appelle " un mot du
bout du monde " . Plus tard un écho l'empêchera
de se rendormir.
Le texte est toujours énigme, non pas jeté comme
un os à ronger, mais plutôt comme la promesse de
l'éternité qu'un regard entrevu vous offre pour
toujours.
A côté de cette approche " passionnée
", ou la poésie se pense elle-même, en quelque
sorte, il me pa-raît nécessaire d'expliciter, le
plus clairement possible, ce qui fait la nature même et
de la poésie, et de ce texte particulier que l'on nomme
un poème
Le pouvoir d'écrire :
D'abord il est possible pour chacun de prendre pouvoir sur l'écriture
- le savoir-créer de l'écriture- n'est pas réservé
aux poètes ; chacun est capable d'utiliser les mots pour
créer, de produire du sens neuf, "étranger
en la langue", comme l'écrit Mallarmé, et cela
grâce à l'atelier d'écriture, au rapport de
tra-vail aux contraintes. Cela peut se faire par une exploration
de " L'Art Poétique " : ce que les poètes
ont écrit de leur propre pratique me semble irremplaçable
comme approche créative de cet art du lan-gage. C'est
la représentation que "je" me fais des processus
de l'écriture poétique qu'il me faut inter-roger,
afin de ne plus sacrifier mon pouvoir de créer au mythe
du génie: que je me mêle moi aussi d'écrire
en maîtrisant progressivement mes propres processus de création.
Mais qu'est-ce qu'écrire, pour moi? Qu'est-ce que l'art
d'écrire? Quel est au fond mon "art poétique"?
En d'autres termes quel est mon rapport à cette expérience
des limites, cette infinie solitude de la création?
Poème et poésie :
Au départ, poésie signifie " création
", et le poète est celui qui invente en même
temps le langage et u